Pavane

Arturo Desimone

Une gitane est allongée près d’une fontaine
(dans son esprit) une balle entre les dents

et une balle dans chaque pli de sa robe.
Le ciel est vide de vautours
mais plein de France.
Des mains noires font tourner l’horloge qui rassure
les passants
de l’appartement au bureau
par les mornes parkings
ils arriveront à l’heure à leur travail
insensibles aux prières des mendiantes
à leurs jupons de sarabande
aux jeunes garçons qui dansent.
C’est l’heure de la messe, la vigne est abondante
mais personne n’est caché sous la treille.
Le pays, une pomme acide, coupée en deux
avec dedans un ver blanc
et un mille-pattes beaucoup plus sombre
chacun défends ses droits pour ne pas être dévoré
deux moitiés, l’une scrutant l’autre férocement
Dans ce pays à odeur de savon
sculpté dans la graisse d’un cygne borgne
on vote à couteaux tirés, c’est devenu sport de combat
une lame d’ardoise sous la gorge des fils
de Baudelaire, de « La Bohème ».
Aujourd’hui les bobos habitent des lofts à Montparnasse
terrifiés par des loups qui viendraient les envahir
alors ils collent leur oreille sur leur moquette tâchée du vin
tombé de la lune – mille pattes.
Sur leur chemin devant les magasins près du quartier Marais
ils grognent de moins en moins, leur magazine, roulé serré en carotte
avec l’article qui parle de la question « Roms ».
Ils posent un regard « Versailles rubis »
sur les familles campées rue de Rivoli
un œil sur le cadran de leur montre high-tech
et ils se demandent finalement quand la police
va venir les mettre en cage, ces lions perdus.
L’état puni déjà les fous qui chantent dans les rues
une taxe sur les ombres de Pound, Joyce, Breton,
il amende le poète qui parle seul dans le métro
à moins qu’il ne l’oblige à jeter son crayon
c’est pour le bien commun entre Arts et Métiers
ou Montpellier.
La foule se rassemble devant les ambassades
toutes ces dynasties d’étrangers sinistres.
Allez tournez tournoyez les mâts de l’oppression!
Réveillez la république encore vivante.
Comment contredire Copernic?
Nier ce que les Jacobins jugèrent naturel, rationnel, évident?
Flash-mob, phone-caméra, direct par satellite
entre la lune et ses vagues
en bas, français, vous êtes tombés
avec la Russie
tombée encore sous le joug du nouveau tzar
vous dites tout bas : non, non puis non puis oui.
En bas!
Tombé avec la Syrie, Vizier, Sardanopulos,
vos computers sont périmés
comme la mode de la saison dernière, la voiture dernier modèle de cet hiver.
La France est si bas, vive la France.

Une gitane est blottie près d’une fontaine, encore en vie

un policier piétine le tapis sombre

teint aux motifs du nord bédouin

on ne peut plus arrêter les chiens de l’enfer

ils inspectent la bouche du poète assassiné

qui n’a pas payé ses dettes

qui priait chantait dans la nuit de sa race

en écoutant battre son sang

couleur lilas maladif

qui déambulait, hagard, sur les trottoirs

parmi les bouches-blessures

verticillant dans une danse sans couteaux

résilient tsiganisme

a dessiné sur nous l’ombre d’un ours.
For a gypsy

(Traduction française par Marie Möör du poème original en anglais)

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